HISTOIRE DE BANDENKOP

 HISTOIRE DE BANDENKOP

1.      Fondation du village NDEUNKWOP

Malgré de nombreuses tentatives, l’histoire de Bandenkop (traditionnellement appelé Ndeunkwop; la syllabe Ba fut ajoutée par les colons Allemands, signifiant ‘‘les habitants de…’’ en langue locale), jusqu’à nos jours, connaît encore de nombreux points d’ombre, notamment en matière de dates. Beaucoup de chercheurs qui s’y sont intéressés ne s’accordent pas déjà sur la période d’installation des populations des Hauts-Plateaux. De ce fait, la date exacte de la naissance de notre groupement n’est pas connue. Ce groupement aurait été fondé à la fin du 17e siècle (vers 1709) par le dynaste Fé BOUA’AGANG.

Vers la fin du 17e siècle, BOUA’AGANG, chasseur aguerri quitte Bankouop ou Nkwop (aujourd’hui village dépendant du Groupement Fotouni dans l’arrondissement de Bandja) en compagnie de son frère jumeau BOUMOÉ. Il s’installe à Bandenkop au quartier Djimgou où il fonde une concession qui deviendra plus tard une Chefferie. Il installe ensuite son frère BOUMOÉ non loin de lui dans l’actuelle concession de Wabé BUH MEUBÉ avant de lui demander plus tard de s’installer plus loin. C’est ainsi qu’il alla s’installer dans l’actuelle concession de Sah TCHOUANFÉ à Fem.

(Joseph NGANKAM et Bernard KENGNE venus de Fotouni pour une réunion de recoupage historique à la Chefferie Bandenkop le 07 Juillet 2001 confirment ces faits sur l’origine de Fé BOUA’AGANG.)

Mais pour avoir violé l’une des femmes de son frère et Chef BOUA’AGANG, BOUMOÉ victime d’ostracisme, trouve refuge dans le village Bangou voisin, auquel il rattache finalement son territoire (Tchetcheu).  BOUA’AGANG devient alors Monarque incontesté de Djimgou et ses sujets lui bâtissent dans un premier temps un palais à Djimgou. Cette première Chefferie est aujourd’hui habitée par le vaillant serviteur du Chef, DZEFE HITEU. Progressivement, le Chef installe son peuple à Demlou, Tsèmeuhia et Tsèla. A la tête de chaque quartier ou bloc, il place un de ses serviteurs : SAH ou DZÈFÉ.

Son œuvre de peuplement ainsi achevée, BOUA’AGANG adopte le nom de “Ndeunkwop” en souvenir de son royaume d’origine perdu, Nkwop. Ainsi se fait la création ou la fondation de Bandenkop actuel, appellation donnée par l’Administration Coloniale.

 

Avant l’arrivée et l’installation de BOUA’AGANG, les groupements sont assez instables. Le principal métier des hommes est la chasse. En quête de gibier, les hommes, parfois avec toutes leurs familles, se déplacent sans cesse, tant qu’ils ne se heurtent pas aux fiefs de chasse de leurs voisins. Les Chefs de ces divers groupements tirent leur autorité principalement de leur adresse à la chasse. Ce sont de petites principautés indépendantes et jalouses de leur autonomie. Elles sont organisées autour des roitelets, mais ne constituent pas de véritables Chefferies. Ces petits chefs sont: Fé TCHOUO, Fé MEUWANG et Fé DOMLOU. Ils entretiennent entre eux de bonnes relations. L’arrivée de BOUA’AGANG dans la région marque la fin de leur autonomie.

 

A la mort de BOUA’AGANG, ses successeurs rêvent d’agrandir son royaume et usent de tous les stratagèmes pour subjuguer, voir chasser les roitelets des territoires voisins sur lesquels ils développent des visées annexionnistes. Le groupe DOMLOU et le groupe MEUWANG se refugient à Bandjoun : un quartier de Bandjoun porte le nom Meuwang, du fondateur dudit quartier. En 1889, Fé TCHOUO se refugie à Batcham (dans les Bamboutos) suite à des complots ourdis par certains notables.

Les successeurs de BOUA’AGANG parachèvent l’organisation sociopolitique de Bandenkop et s’imposent comme Chefs régnant sur tout le territoire Bandenkop. C’est dans ce contexte que commence la dynastie de BOUA’AGANG. Après le passage de quatre Souverains, le site de la Chefferie se transfère pour Hiala sous Fé MBOUFANG, où elle reste installée jusqu’aujourd’hui.

 

 

2.      Les guerres tribales

D’après les témoignages recueillis chez les descendants des protagonistes et selon les chercheurs tels que E. GHOMSI, les guerres entre les Chefferies ont commencé bien avant l’arrivée du Colonisateur.

La guerre a beaucoup marqué l’histoire du village Bandenkop. Pour survivre et se maintenir au rang des autres villages, Bandenkop a soutenu beaucoup de guerres. Il a lutté contre plusieurs villages (certains avancent le chiffre de sept). En Bandenkop, la guerre se dit Tchou ; vassal se dit Kwé. TCHOUPÉ, nom d’un des fils du Chef NZALI, signifie guerre de haine. Le Chef NZALI est celui-là même qui s’est distingué dans cette période de guerre par sa vaillance, sa détermination et son courage.

En ce qui concerne les conflits Bangou – Bandenkop, Baham – Bandenkop et autres, les hostilités ont persisté sous les règnes des Chefs de DJOMO I à TAYO  I à Bangou, de DOMCHE à FÉZE I à Bandenkop, et de POUOKAM  II à GUIAKAM à Baham.

3.      L’organisation, l’armement  et  la  stratégie

L’armée traditionnelle est organisée autour du Chef dont la principale mission temporelle est de la conduire. C’est le Chef qui organise les campagnes et désigne le lieutenant (Tadié Mèdjong) chargé de diriger les opérations sur le terrain. Certains Chefs vont eux-mêmes en guerre, mais se tiennent à une certaine distance des hostilités. Leur position leur permet de suivre l’évolution des combats et de donner des instructions nécessaires aux guerriers. Cela a été le cas de Fé FÉZEU I de Bandenkop. Tout homme valide est appelé à défendre la Chefferie en danger, mais les guerriers bien formés et rodés s’appellent Mèdjong. Il s’agit d’une association de clan d’âge constituant les soldats d’une Chefferie. Les capitaines de cette association sont les Tadié Mèdjong à l’instar de DZEUMEFE FEUGHOM, TOUKEM TINTCHIE, etc.…

 

Pour accroître l’effectif de ses guerriers, Bandenkop se sert des guerriers de la Chefferie-sœur Babouantou : le système d’alliance est le principal moyen défensif. Cette alliance entre Bandenkop et sa sœur Babouantou, instaurée depuis Fé BOUA’AGANG, le premier Roi Bandenkop, aide à repousser la pression des Baham et Bangou.

 

Les guerres Bangou – Baham – Bandenkop ont de graves et multiples conséquences sur le plan social, économique et territorial.

Sur le plan social, on enregistre de nombreuses pertes humaines de part et d’autre. Quoique Bangou et Baham soient plus rusés et forts, Bandenkop leur oppose une téméraire résistance. Les batailles sont vraiment rudes et cruelles. Les guerriers décapitent leurs ennemis afin de prouver leur bravoure à leur Chef.

Sur le plan économique, le pillage constitue le principal fléau. Les vainqueurs effectuent des razzias chez l’ennemi et pillent systématiquement les récoltes, les greniers, et tout autre bien matériel se trouvant à leur portée. Cela constitue l’essentiel du butin de guerre sur le plan matériel.

Sur le plan territorial, les conséquences sont autant importantes, car il s’agit avant tout de guerres de conquête. On note une expansion territoriale des Chefferies Baham et Bangou au détriment de la Chefferie Bandenkop, par la prise des quartiers Meucgni (lac), Kouofang ké, Lang, Pang-pang, Kemchè, Kemtem, Tchiégah, Bété, une partie de Chengne… C’est à ce stade que les Allemands arrivent dans la région et décident de mettre un terme à ces guerres fratricides.

4.       L’esclavage traditionel

            Autre fait marquant de la période précoloniale, l’esclavage sévit dans la société traditionnelle Bandenkop tout comme dans les autres villages Bamiléké. On distingue les hommes libres et les esclaves, qui sont au service des hommes libres. Ces derniers ont sur eux droit de vie ou de mort. Ces esclaves sont soit des butins de guerres ou de razzias, soit des produits achetés dans d’autres villages. Le plus célèbre des trafiquants d’esclaves à Bandenkop est l’un des Neuf Notables, le puissant SAH’GWON.

5.      Période coloniale , médiation allemande et tranchée de 1916

L’arrivée des Colons sonne le glas pour l’hégémonie des Chefferies Traditionnelles en général, dont celle de Bandenkop en particulier. Les pouvoirs autoritaires et le commandement sont arrachés des mains des Chefs, qui se voient réduits en simples auxiliaires de l’Administration Coloniale, qui se plaît à ainsi affaiblir leur autorité.

 

                Après le traité de protectorat signé par les Allemands et les Rois et Chefs de la côte Camerounaise (le traité Germano-Duala de 1884), l’Administration Allemande pénètre progressivement le Cameroun et atteint les pays Bamiléké et Bamoun entre 1900 et 1902. Le peuple Bamiléké en général et Bandenkop en particulier subit la pression Allemande qui l’enrôle dans les travaux forcés, et qui met une emphase sur l’abolition des guerres tribales pour permettre le développement social et économique.

 

L’Administration Allemande opte pour le maintien du statuquo territorial entre les Chefferies en guerre. Elle décide de maintenir les limites issues des conquêtes, les territoires jadis conquis ne devant plus faire l’objet d’une quelconque remise en cause. C’est alors que sur instruction de l’Administration, les chefs creusent une longue tranchée en 1916 pour matérialiser les limites des trois Chefferies Bandenkop, Bangou et Babouantou.

La fin des guerres et la reconnaissance mutuelle entre les Chefferies n’est pas une tâche facile quand l’on se souvient par exemple que Bandenkop n’est reconnu comme Chefferie à part entière qu’après que le Chef Bandenkop FÉZEU I (dit FÉZEU MÈKOUDJOU) ait terrassé le Chef Bandjoun qui le considère comme vassal, devant les autorités Allemandes lors d’une séance de travail à Dschang.

A la veille de la Première Guerre Mondiale, le Cameroun moderne est sur pied, et plusieurs de ses braves fils sont enrôlés dans les combats à l’instar de MOYOU Jean dit Wabé TINTCHOUO (du quartier Tsèla de Bandenkop) du côté Français. Son fils, le Colonel MOYO Elie, pilote de l’armée de l’air, deviendra le premier Officier Supérieur Bandenkop des Forces Armées Camerounaises.

6.      Médiation française  et  tranchée  de  1922

Les Allemands, battus par les troupes alliées pendant la guerre se voient expulsés du Cameroun. Leur défaite est accueillie avec beaucoup de joie par plusieurs Chefs, car ces Allemands ont laissé dans la région des souvenirs désagréables, surtout chez les Chefferies qui ont essuyé leurs actes de barbarie. Avec leur départ, les Chefs reprennent leurs anciennes habitudes de guerres tribales.

Le Chef Bangou TAYO I, estimant que les Allemands ont fixé de façon arbitraire la frontière entre les Chefferies, repousse Babouantou, Bangwa, Bandenkop et Bamena. Bangou est l’une des Chefferies les plus étendues de la région (quatre-vingt dix km2) contre soixante-douze km2 à Babouantou, cinquante km2 pour Bandenkop, soixante treize km2 pour Bana et vingt-six km2 pour Batchingou, pour ne citer que celles-là. Cette recrudescence des guerres amène les colons Français à intervenir avec détermination.

 

En 1922, l’Administrateur Français GIROU fait creuser une longue tranchée allant de Bana au Sud vers Bandenkop au Nord. Cette tranchée se creuse sur la demande pressante des voisins Babouantou et Bandenkop qui, même s’ils n’en sont pas totalement satisfaits, veulent tout de même se mettre à l’abri des violents raids de TAYO I. Malgré ces dispositions, le Chef Bangou s’estime toujours lésé, et l’Administration Coloniale Française doit préconiser d’autres solutions. Comprenant la place centrale de la question foncière comme cause des agressions de Bangou sur ses voisins, l’Administration Française décide de combler définitivement ses besoins par l’octroi des parcelles de terre.  C’est pourquoi Bangou bénéficie de vastes étendues de terrain sur la rive Nord du Noun dans l’actuel Département du Noun. Toutes ces mesures contribuent à faire la paix entre les trois Groupements voisins et d’autres. La date de 1922 marque donc les dernières agressions de Bangou sur ses voisins Babouantou et Bandenkop.

L’année 1930 voit la disparition de Fé FÉZEU I (dit Fé FÉZEU MÈKOUDJOU) de Bandenkop. TAYO I de Bangou décède en 1937, et en 1939 NGADEU de Babouantou à son tour s’éteint. On assiste à un changement à la tête de chacune des trois Chefferies, à savoir : Bangou, Babouantou et Bandenkop. Leurs successeurs respectifs sont : Charles SINKEP (1937 – 1948), MONGOUE (1938 – 1974) et NGANDJONG MINTA (1930 – 1955). Ces trois Monarques vivent en parfaite paix, avec pour preuve la conclusion de nombreux mariages entre les trois peuples.

7.               L’esclavage colonial

           II est incontestable que l’esclavage colonial  a opéré de lourds prélèvements sur la population de notre région en général et de Bandenkop en particulier. Les Colons en effet sont dans le besoin de gens pour servir de porteurs au cours de leurs déplacements et pour effectuer des travaux forcés (Jock Messie) dans leurs plantations et concessions, surtout dans le Moungo.  Puisque l’impôt de capitation constitue l’une des principales sources de recettes du budget de la Colonie, les hommes incapables de payer l’impôt – à cause de l’extrême rareté de l’argent en circulation par exemple – doivent fournir une prestation de travail d’un mois dans les plantations des Colons chaque année. Les propriétaires de ces plantations se chargent, en contre partie, de verser le montant correspondant à l’impôt aux Autorités Administratives.

En outre, les hommes passent trois semaines de corvées par an pour effectuer des travaux d’intérêt général : construction et entretien des installations routières, ferroviaires et portuaires.

 Les hommes réquisitionnés pendant trois semaines environ par an pour le travail obligatoire dans les chantiers et les plantations croulent soumis à des tâches très pénibles, d’éternelles humiliations, de brimades de toutes natures, de ces traitements des larmes de sang ruissèlent  sur leurs visages. Mal nourris, affaiblis, ils s’exposent  au développement des maladies. Les travailleurs réquisitionnés pour le service public dorment parqués dans des camps, ce qui favorise la propagation des maladies infectieuses dont certains deviennent très meurtrières. En outre, l’absence prolongée ou définitive de l’homme arraché à son foyer laisse les champs en friche. Cela compromet les semailles et les récoltes, exposant ainsi les populations à la famine.

 

8.      L’interdiction de l’u.p.c. et le début du maquis

La rébellion nationaliste de l’U.P.C., Union des Populations du Cameroun, éclate dans le pays en 1955. La principale revendication des indépendantistes est fondée sur la transformation du statut du Kamerun. L’interdiction de l’U.P.C. et des rassemblements populaires le 13 Juillet 1955 dans le triangle national, crée un état de malaise social généralisé. La déception se lit sur le visage des populations : Pourquoi interdire certains Partis, et non pas tous les autres? Le plateau Bamiléké devient un terrain d’essai où les nationalistes mèneront un combat de toutes leurs forces et de tout leur poids jusqu’à la dernière énergie. Dans la région Bassa aussi, c’est le même mot d’ordre.

A la réunion de Makai dans la Sanaga Maritime des 2 et 3 Décembre 1956, les leaders de l’U.P.C. décident de créer une organisation paramilitaire pour la défense des militants, le Comité National d’Organisation (CNO). Le CNO se transforme en fraction militaire le 10 Juin 1959, en devenant l’A.L.N.K., Armée de Libération Nationale du Kamerun.

Martin SINGAP, natif Bandenkop, devient alors le premier commandant de l’A.L.N.K., nommé Chef d’Etat Major Général (CEMG), avec Paul MOMO pour Adjoint. SINGAP est reconnu par la hiérarchie du Parti (KINGUÉ, OUANDJÉ, MOUMIÉ) exilée en Guinée Conakry et il assume ce rôle jusqu’à la mort.

 

En 1957, débute la guerre des maquis.  Vers la fin de 1957 et au début de 1958, les attaques Upécistes se généralisent dans les plateaux Bamiléké, marquées par des exactions de toutes sortes (vols, viols, enlèvements, tortures, assassinats…)

Au départ, la plupart les populations endurent plus ou moins difficilement cette nouvelle situation. Mais avec le temps, le cœur habité par la peur, chacun, pour se déplacer, se munit d’un objet de défense, couteau, machette, lance ou gourdin. Et comme les maquisards ne s’infiltrent dans les contrées que pendant la nuit, il se constitue des postes d’autodéfenses à des carrefours importants des groupements. Entre temps, les descentes des Autorités Administratives et militaires franco-tchadiennes deviennent très régulières.

C’est au début de 1958 que les fils du Département des Hauts Plateaux se réveillent vraiment pour le Nationalisme Camerounais. La forme de l’U.P.C. (Union des Populations du Cameroun) existant à l’Ouest depuis 1955 n’a jusque là eu qu’un faible écho dans le jeune Département des Hauts Plateaux. Toutefois, les groupes de SINGAP Martin et de MOMO Paul, venus d’autres cieux vers la fin 1954, instaurent et imposent la lutte armée.

Poursuivant son chemin, l’A.L.N.K. commence ses activités de guerre ouverte le 10 Juin 1959 au quartier Kougnia à Nkongsamba dans le Moungo. Martin SINGAP et ses éléments attaquent le camp militaire de MBOPPI à Douala le 27 Août 1959. Après cette première grande offensive, le Quartier Général (QG) de l’A.L.N.K. s’installe dans le Moungo, puis dans le plateau Bamiléké, plus précisément à Bandenkop appelé “Batouri” en ce qui concerne SINGAP Martin et à Baham en ce qui concerne MOMO Paul.

Les Bandenkop retiendront qu’un certain Temgou (un des huit jours de la semaine Bandenkop) de Septembre 1959, nos populations furent massacrées, étant assiégées de tous les côtés par des troupes à pied, appuyées par deux avions. Les rescapés de cette boucherie humaine rapportent qu’ils n’eurent la vie sauve que grâce aux génies ancestraux qui envoyèrent d’épais nuages et une forte pluie qui paralysa l’action des avions. Il arrivait parfois que les soldats passent au-dessus des gens cachés dans les herbes sans le savoir.

En 1959, la Chefferie Bandenkop est incendiée et tous les gardiens et serviteurs du Roi tués. Cette tuerie oblige le Roi, acquis à la cause nationaliste, à penser à se réfugier pour un temps à Bafoussam, ce qui n’est pas possible, car il doit fuir pour l’exil. C’est alors que les militaires accentuent la chasse aux maquisards. Il y a fermetures d’écoles à Bandenkop en 1959 et les élèves se voient conduits en trois groupes pour les directions de Bapa, Bangou et Batcha.

9.      L’organisation et le déroulement des combats

Les combattants de l’armée révolutionnaire se considèrent comme des patriotes ou Pouagouong. Il n’existe pas une véritable armée révolutionnaire car les rebelles ne disposent ni d’une base arrière commune, ni d’un pays voisin du Cameroun prêt à leur accorder une base militaire. Maquisards comme on les appelle, ils ne le sont que de nuit, sans caserne fixe, ni dispositif de guerre d’appoint; ils agissent par ruse et non de front. Constitués en milices éparses, ils sont à la fois acteurs et spectateurs. Répartis selon leurs origines villageoises.

 

En fait, il semble évident que les révolutionnaires n’existent que de nuit. Chacun se rend dans son village et au plus sûr, dans sa concession. Même le voisin immédiat du maquisard ne peut le reconnaître comme tel avec exactitude. Car la nuit tombant, toutes les cases se vident, du parent au nourrisson, pour la débandade ; chacun s’offre intimement une couchette/cachette sous l’herbe de la forêt de Tsèla, Tsèmeuhia, et dans les grottes de Packem, dans l’attente du lointain lendemain.

 

Au bout du petit matin, les membres de chaque famille se regroupent pour décompter les cases incendiées la veille. Les personnes absentes au décompte sont considérées comme portées disparues ou mortes. Et il en est ainsi pendant des mois et des mois. Le maquisard, comme tous les autres, fait son décompte, pour en faire la synthèse conséquence et opportune.

On distingue deux catégories d’ennemis : la première, ce sont des concitoyens qu’on invite par des paroles, mais qu’on combat en cas de refus; la seconde, ce sont les colons blancs, ennemis à abattre sans autre forme de procès.

Aucune guerre ne se faisant sans hommes, les milices recrutent de gré ou de force leurs alliés parmi les masses villageoises. Les nouvelles recrues sont du coup versées dans la bataille toutes neuves, toutes bleues, toutes profanes, sans apprentissage, car ni le temps, ni les moyens, ne se prêtent pour les former. Leur force des maquisards réside dans la maîtrise du terrain, la foi militante, et l’audace qu’inspire la loi du nombre.

10. Les  femmes  maquisardes

D’aucuns se demandent à quoi la femme au sein du maquis peut servir. Non moins utiles que les hommes soldats qui combattent les ennemis de la Patrie aux fronts, les femmes jouent un rôle régulateur dans le circuit de la lutte armée. Sources nourricières, elles vitalisent les corps et satisfont les instincts ; courageuses aussi, elles revigorent la machine d’espionnage et plaident en faveur des traîtres captifs pour qu’on allège leur souffrances, tout cela à défaut d’aller aux fronts. La tâche culinaire reste la principale activité des femmes. Pour assurer la ration des milliers de soldats, des marmites de nourriture, des dizaines de porcs, poulets et chèvres égorgés sont chaque jour préparés, au bon appétit des chasseurs de la liberté. Par ailleurs, les femmes maquisardes font office d’espionnes lors des sorties régulières dans les marchés pour ravitaillement en produits de première nécessité. Les informations parvenues aux chefs maquisards font des victimes jusque dans les casernes ; chaque victime jugée coupable reçoit le verdict d’une femme maquisarde quelconque qui de son arme est chargée de l’exécuter.

 

11. L’armement : le rôle des TALOMS (Forgerons

L’équipement militaire des maquisards est assuré par un réseau clandestin, jalousement entretenu dans le secret. Les armes frauduleuses mises à la disposition des miliciens, quantitativement insuffisantes, satisfont à peine la demande toujours plus croissante, d’où la nécessité de trouver des moyens de bord locaux pour pallier aux manquements. Il est établi que l’armement des maquisards exclusivement manuel et local, est aussi varié que performant. Les principales armes utilisées comprennent des fusils de chasse, des mitraillettes, des calibres 12 calqués à l’occidentale, des pistolets d’un à cinq coups. La grande majorité de ces armes de guerre est adaptée et entretenue localement par des artistes forgerons tel que TALOM KEMBEU.

 

Dans les maquis, les groupes de techniciens-armuriers locaux sont un ensemble d’artisans spécialisés, des forgerons (Taloms) plus précisément, travaillant dans des ateliers destinés aux fabrications et aux assemblages. Ils dépiècent les armes modernes et sophistiquées rapportées des fronts, et à base de la composition de ces armes, ils en contrefont d’autres grâce aux moyens locaux. A ce sujet, l’on rapporte que les tuyaux de fer des canalisations pour adductions d’eau sont déterrés et servent de matière première à cette forge locale. Les balles modernes subissent le même traitement de contrefaçon. Cette fabrication locale d’armes et de munitions allège les dépenses et permet d’être informé sur l’armement de l’ennemi.

12. Tradi-praticiens et pacte  d’alliance

L’Etat-major comprend aussi un ensemble de tradi-praticiens, de féticheurs et de marabouts. C’est la caste d’hommes chargés d’assurer la santé préventive et curative de la communauté des guerriers, tant sur le plan physique que mystique. En d’autres termes, ils représentent l’échiquier médico-sanitaire. Chaque nouvelle recrue doit passer par devant le féticheur pour recevoir la bénédiction “sacrée” du Cadi, symbole du pacte d’alliance et de non trahison, ni envers lui-même, ni envers les autres.

 

13. Discipline des patriotes : Les FINGWONG (Traîtres)

Les traîtres parmi les patriotes sont punis à la hauteur du crime ou de la trahison commis. L’Union et la Cohésion du groupe sont considérées comme des principes cardinaux. Tout écart de conduite est réprimé avec extrême sévérité.

 

Pour une certaine opinion, les maquisards seraient restés puissants si le traître ou Fingwong (Litt.: Vendeur de la Patrie) n’avait pas existé, et si une base d’entraînement leur avait été accordée dans un pays voisin. Les milices savent fort bien qu’elles sont trahies. Les maquisards distinguent plusieurs catégories de traîtres. Sont considérés comme traîtres tout individu d’opinion politique modérée, ceux qui possédaient la carte du parti politique U. C., l’Union Camerounaise créée par le Président Ahmadou AHIDJO (comme le Chef de Quartier Packem, SACKEMYOU, qui fut découpé en morceaux, et Sop SACKEM, qui dut s’enfuir jusqu’à Garoua), ou les personnes nanties de pouvoirs mystiques, car on les croit capables de freiner la progression des nationalistes par voie magique. Il existe des traîtres reconnaissables par leur penchant politique mitigé, leurs idées favorables vis-à-vis du pouvoir colonial, ou leur position méfiante au sujet de la lutte nationaliste. Dans l’ardeur du climat social d’alors, les maquisards dressent leur acte de décès quand ils ne peuvent les persuader. On les passe au poteau sur la place publique pour anéantir le risque de contamination des “masses citoyennes”.

Avec le temps, certains traîtres politiques se transforment progressivement en traîtres d’opinion. Ils sont, à l’origine, soit des recrues évadées des rangs de la rébellion pour se reconvertir en citoyens ordinaires, soit des civils ayant refusé de se rallier aux combattants. Les maquisards, anciens compagnons de lutte des traîtres, s’inquiètent de voir leurs camarades passer du côté adverse en raison des menaces pour la sécurité intérieure du groupe (risques de révélation de secrets à l’ennemi), ce qui constituerait un frein à l’expansion nationaliste. En effet, les groupes de commandos ou groupes d’autodéfenses civils, recrutés dans les régions locales pour servir de guide à l’Armée Régulière, sont constitués pour certains d’anciens maquisards.

Au sein, des traîtres, existe une sous-catégorie, quoique moins nombreuse: celle des religieux de la hiérarchie Catholique, des prêtres soi-disant fidèles au Seigneur, mais qui servent la cause du Colonisateur.  On les taxe de “Fingwong socio-culturels”. Les populations victimes des dénonciations secrètes de ces Fingwong socio-culturels sont innocentes pour la plupart. Mais elles périssent condamnées, en dépit de ce que la science juridique appelle le manque de preuve. De plus ces leaders religieux encouragent ouvertement les maquisards à accepter l’armistice. Aussi, les leaders nationalistes demandent à la population de se défaire de la croyance importée.

 

Certains politiciens locaux acquis à la cause nationaliste, doivent s’exiler hors du territoire pour échapper aux représailles. Parmi eux, les Chefs Supérieurs Bandenkop et Bangou, dont la tête est réclamée par l’Administrateur colonial Français Maurice Delauney.

 

14. Les Lois  d’armistice

Bien que certains acceptent les clauses de la loi d’armistice totale et inconditionnelle de 1959, beaucoup de maquisards restent en retrait pour continuer la lutte.

La deuxième loi d’armistice, intervenue au lendemain de l’Indépendance de 1960, moins généralisante que la première parce que instituée par rapport aux contrées en guerre, a plus d’effets sur les chefs maquisards restés en brousse. Ils abandonnent la lutte. Cependant, tous ne répondent pas à l’appel du Président AHIDJO et meurent les armes à la main, tels que Martin SINGAP et ses lieutenants, ainsi que le groupe de Paul MOMO, qui ont pour devise : Vaincre ou Mourir.

 

15. Déportation  de  la  Population  Bandenkop à Bangou- Ville

 

Dans la stratégie d’isoler et de mater les rebelles, les colons Français initient la création des Zones de Pacification (ZOPAC) dont celle de Bangou-Ville, où les populations sont parquées en 1960.

C’est un jour de TEMGOU (le jour suivant le jour du marché de Bandenkop et jour du marché Baham) de Juillet 1960, que toute la population se réveille en sursaut et avec de cris de désespoir. Bandenkop se trouve encerclé par l’Armée Coloniale guidée par certains de nos frères. Ils interpellent toute la population des quartiers à monter à Bangou-ville pour être protégée par les autorités administratives et militaires. C’est un jour pénible pour les populations, car elles ont passé des nuits en brousse par peur des massacres, et ignorent quel sera  leur destin une fois à Bangou-ville. Pas un seul coq ne chante ce matin-là.  Plus de peur que de mal, car très vite, l’on fait construire des tentes à l’aide des bâches militaires sises à la brigade de gendarmerie de Bangou pour accueillir les innocents. Ce regroupement à Bangou-ville concerne tous les autres groupements de la région, à savoir Bapa, Bangou, Bayangam, Baham, etc., ce qui conduit à un mélange confus et désordonné de populations diverses.

Avant cette déportation, des mois durant, ils ont vécu dans la hantise de la fuite, à califourchon entre les domiciles insécurisés, les grottes et les crêtes de montagnes, les couches répugnantes dans les forêts sombres. Des milliers de personnes élisent ainsi domicile dans ces geôles ténébreuses, jusqu’à l’Indépendance. En 1963 les populations sont autorisées à regagner leurs domiciles respectifs, soit après trois ans de déportation. Par peur de massacres, la plupart décident de s’installer dans le camp de regroupement de Hiala ou Centre Bandenkop.

 

16. Observations générales sur la lutte

Dans le plateau Bamiléké, les milices nationalistes se servent de toutes opportunités pour perpétrer leurs exactions. Dans cette région de l’Ouest facile et favorable, les milices y foisonnent au point de s’affronter entre elles. On en dénombre plusieurs qui, parfois, se définissent à peine. Dans ce méli-mélo d’autre part, on rencontre des groupes parallèles qui se mêlent, n’étant ni du Parti au Pouvoir, ni de celui des Opposants, mais qui profitent du cafouillage pour piller les biens des autres, se venger de leurs ennemis ou poser des actes de vandalisme… Beaucoup se servent plutôt que de servir. Peu de personnes ont sincèrement servi la rébellion. Parmi les principaux dirigeants patriotes, on retiendra les noms de Martin SINGAP, originaire de Bandenkop, Paul MOMO, originaire de Baham, et Ernest OUANDJIE, originaire de Bangou, tous du Département des Hauts Plateaux.

 

17. La fin de la lutte pour la libération du Kamerun

En 1960, les Autorités Coloniales Françaises accordent l’indépendance au Cameroun avec Ahmadou AHIDJO comme premier Président. Cette indépendance est boudée par certains combattants de l’UPC, qui trouvent que c’est une indépendance factice. En effet, ils souhaitent une indépendance économique et sans conditions de partenariat imposées.  Ils continuent donc la lutte. La lutte armée pour la libération du Kamerun, qui aura duré de 1956 à 1964 s’achève avec la victoire du Parti au Pouvoir, l’U.C. (Union Camerounaise) d’Ahmadou AHIDJO.

 

Pour parvenir à cette victoire, les forces régulières ont recours à certains maquisards qui se rendent aux autorités administratives, et qui sont utilisés comme guides pour révéler les repaires des autres maquisards. La défaite de l’A.L.N.K. est aussi précipitée par la mort des leaders martyrs (Martin SINGAP et autres), événement qui contribue à décourager les compagnons de lutte.

Pour consolider cette victoire dans les Bamiléké en général et à Bandenkop en particulier, l’Administration a recours à l’engagement de la population à dénoncer les restes de maquisards par la pratique du Cadi. Ainsi, le “Cadi du Chien Noir” est organisé publiquement par Fé WOUAGNI Michel en 1968, commandité par l’Administration Camerounaise dans la traque aux derniers maquisards.

 

18. Le maquis et l’affaiblissement de la Chefferie traditionnelle

La révolution en soi n’est pas le problème. La question fondamentale est celle de savoir comment un Chef traditionnel dans la région de l’Ouest Cameroun doit se conduire. Quel visage revêtir dans la bataille de la lutte pour la libération du Kamerun ? On se trouve déjà à une époque où les Chefs traditionnels en général ne disposent plus entièrement de leurs sujets, encore moins, de leurs territoires de commandement. Certains chefs traditionnels contraints à abandonner leurs familles, sujets et villages aux bons soins des pillages, incendies et autres massacres sans pouvoir opposer la moindre résistance, fuient vers l’exil. D’autres, plus audacieux ou moins avertis, ont le malheur de se voir descendre par une balle mesquine.

 

19. Il était une fois SINGAP  Martin, alias “nkessah”

 

                Jeune élève à l’Ecole Primaire Protestante CEBEC de Bafang où il fait ses études, il se comporte en bon camarade, invente des jeux et se plaît à les apprendre aux autres. Exceptionnellement éloquent, habile harangueur de foules, il est déjà leader et un guide dans sa jeunesse. A la fin de ses études en 1948, il quitte Bafang pour Garoua où il devient catéchiste-commerçant. En 1954, il s’engage en politique, après un meeting politique organisé par le Dr. Félix MOUMIE et il devient président de la section U.P.C. du Nord Cameroun. En 1955 l’U.P.C. se voit interdite par l’Administration Française; SINGAP, recherché par les forces de l’ordre de Garoua,  se déguise en ” Malam ” (Marabout Musulman), et quitte le grand Nord pour le Centre (Yaoundé). Il remonte ensuite vers le plateau Bamiléké, avant de descendre dans le Moungo où il continue son combat dans la clandestinité.

                Son courage extrême lui vaut d’être confié l’aile militaire du parti, l’Armée de Libération Nationale du Kamerun (A.L.N.K.) par le Bureau Politique de l’U.P.C.

 

20. Circonstances  de  sa  mort

 

En 1963, le héros, le martyr Martin SINGAP, tombe, atteint d’une balle perdue à la frontière Bandenkop – Bapa. Son garde du corps, Dupérard NOUTADIE, originaire de Bapa, informe les éléments de la disparition du Chef. Ils se mettent donc à sa recherche et, quelques heures après, ils retrouvent leur ancien Chef inerte couché, avec la blessure d’une balle. Ils transportent son corps pour aller l’enterrer sans attendre dans sa concession familiale à Bandenkop-Demlou, avec dignité et honneur. David KANA, originaire de Fotouni, est nommé pour prendre les commandes de l’A.L.N.K.

               

Martin SINGAP, dit NKESSAH, disait de son vivant que dans tous les pays du monde, la liberté est l’idéal pour lequel de tout temps, des hommes ont su combattre et mourir. Il avait un choix, celui de servir sa Patrie ou de la trahir. Il a accepté avec audace de rester au Pays, et même de mourir au lieu de s’exiler

 

21. Son discours  de 1957 sur la place du marché de Bandenkop

 

“L’Indépendance du Kamerun, noble cause pour laquelle nous sommes entrés dans le maquis, ne sera pas acquise demain. C’est une longue guerre que nous avons déclenchée. Elle prendra du temps. 

Quand le Kamerun obtiendra la vraie indépendance qui reflète notre vision, je ne serai plus peut-être en vie. Cependant, s’il restera un seul individu parmi vous pour honorer notre mémoire, il a le devoir moral de continuer le combat jusqu’à la victoire finale.

Pour que chacun se batte et s’encourage à mourir, il doit comprendre le sens de notre combat, qui n’est pas seulement l’affaire de notre village et notre pays, mais de l’Afrique toute entière. Nous avons des combattants en Algérie, au Ghana, en Guinée, en Côte d’Ivoire, etc.

Ici vous cultivez le caféier, dans d’autres régions du Kamerun et hors de nos frontières, les autres cultivent le cacaoyer. Quand nous apportons le café et le cacao sur le marché, c’est l’acheteur qui en fixe les prix en fonction de ses intérêts, sans se préoccuper de ceux des producteurs. Qu’allons-nous faire si les Blancs n’achètent pas le café ou le cacao que nous apportons au marché ?

Est-il normal que ce soit l’acheteur qui fixe le prix de notre chèvre ou de notre régime de plantain ? Pour moi et pour vous, la réponse est non.

Le monde est un grand village ou plus précisément un marché du donner et du recevoir. Aucun peuple ne peut vivre replié sur lui-même, mais n’acceptons pas d’être les éternels esclaves des autres peuples de qui nous dépendons pour tout comme si nous étions d’éternels bébés.

Nous voulons gérer nous-mêmes nos propres affaires et produire en priorité les biens qui répondent d’abord à nos propres besoins. Nous voulons fixer nous-mêmes les prix des biens que nous produisons. Nous voulons librement, en toute souveraineté, désigner parmi nous ceux qui ont les aptitudes nécessaires à nous gouverner dans le sens de nos intérêts.

Nous avons besoin de Dirigeants que nous pouvons sanctionner quand ils s’écartent de la voie tracée par notre peuple. Tel est le sens du combat que nous gagnerons indubitablement. Quand on se bat pour une juste cause, la victoire intervient tôt ou tard.

Mes frères et sœurs, vouloir, c’est pouvoir. Quand on veut vraiment atteindre un objectif précis, on finit toujours par trouver les moyens adéquats pour l’atteindre. Beaucoup de personnes échouent dans leurs différentes entreprises pour n’avoir pas voulu réussir.

L’Indépendance que nous recherchons ne nous sera pas donnée ; elle sera arrachée aux Blancs par les armes et la ruse. Pour atteindre notre objectif, nous devons décoloniser nos mentalités, car nous avons beaucoup plus à craindre de notre ignorance que des armes des Blancs. L’itinéraire qui mènera notre cher et beau pays vers la cour des grandes nations de ce monde doit être tracé par nous-mêmes. Quelle dignité aurons-nous à attendre tout des autres ?”

 

                             

 

 

22. Chants de ralliement des nationalistes de l’ANLK

Français                                                Youp  chè no Ghomabé

 

Vous, enfants du Cameroun                                              Wé poua kamèloum

Levez-vous                                                                            Peu  losiè

Unis en un seul Cœur                                                          Kwuitchouè no ta tim

Allez combattre celui –là                                                  Peu gho deu meubieua

Qui est seulement venu au Cameroun                             Yi lè seuh kamèloum

(pour) gagner notre terre (le) Cameroun                       Gnié lok tcha kamèloum

Nos parents veillent en pleurs   (bis)                                 Pè bah  kili piap   délé   ( bis)

À cause de leur patrie le Cameroun                                No ne gwon yap kamèloum

Les enfants du pays s’endorment éplorés                        Poua gwon wè diè  lè   dé (bis)

A cause de leur patrie le Cameroun                                   No ne gwon yap Kamèloum

Les soldats (nationalistes) marchent toute la nuit           Kètou(pouagwon) kouola ging tsù

Les soldats (nationalistes) marchent toute la nuit     Kètou (pouagwon) kouola ging tsù (bis)

A cause de leur patrie le Cameroun                                 No ne gwon yap  Kamèloum

A cause de leur patrie le Cameroun                                No ne gwon yap Kamèloum

Notre pays était un pays sans problème                           Gwon yok lèbe tche tchang

Notre pays était un pays sans problème (bis)                 Gwon yok lèbe tche tchang (bis)

Mais nous manquons de l’entente pour le libérer     Dagè pepeu yak kwui tchouè bieu lok kui lèpieu

Au lieu de (le) laisser à l’homme blanc                         Tè  tchi bieu gnié bi pan kwè

Au lieu de (le) laisser à l’homme blanc (bis)                             Tè tchi bieu gnié bi  pankwè (bis)

On prend le pouvoir pour aller jeter dans à l’eau          Meu  kui lèpieu gho chè neung

II ne restera qu’une seule personne                                   Aa la’tchi peu ta meuh (bis)

II prendra le pouvoir pour gouverner                                          A liè kwè lèpieu bieu saa’

Le traître est une chèvre destinée au  sacrifice               Figwon  be mèvè bieu wa

Le traitre est une chèvre destinée au sacrifice (bis)       Figwon   be mèvè bieu wa( bis )

Au nom de la patrie le Cameroun                                     Tchié no zeu gwon Kamèloun

A celui qui vit en solitaire                                                    Bi meu yi tchouè doua

A celui qui vit en solitaire (bis)                                            Bi meu yi tchouè doua

II perd son chemin pour suivre celui d’un autre           Aa hé mèdji  tchié  no  yi momeu

Le matin on s’en va                                                             Fokdze   pè   gho

Le soir on s’en va                                                                Bouodze  pè gho

Pour aller donc chasser les éperviers                                        Bieu  ho né  pè  mèhem

Laisser les éperviers                                                           Bieu  gnié  pè  mèhem

Rentrer nourrir vos poules                                               Bouono  seu kim   guep zeu

Profitez-en des œufs et poussins                                     Peu ze pi bem  ba  poguep

Demander pardon tu n’a pas la vie sauve                     Loh lùeugniè ouh lè vok

Applaudir tu n’a pas la vie sauve                                     Pou’ beh ouh lè vok (bou’beh)

Qu’importe la personne devant qui nous mourons      Aa’  pe be youo  meuleu   pepeu    pfe

Ça nous est égal                                                                 Boh  pepeu  ka tchom

 

Un – deux                                                                              Yamo – yapieu

Un – deux                                                                              Yamo – Yapieu

En avant… marche!                                                              Peu ghin ho ! (meu ghin lo !)

Depuis   autrefois                                                                Aa’ lè la be

Notre pays était libre                                                      Gwon yok pepeu   pe gwon lèpieu

Le “blanc” est venu jusqu’à là                                         Pan kwè liseu  tè

Rendre notre pays esclave                                                Dok  gwon  yo pepeu souo  pou’

Nous n’acceptons pas                                                          Pepeu  ka pin

Nous n’acceptons pas                                                          Pepeu  ka pin

Nous n’acceptons pas                                                          Pepeu  ka pin

Nous n’acceptons pas                                                          Pepeu  ka pin

 

 Source: Pierre Kamgueu ; Les Grassfields  Hier et Aujourd’hui 

 

 

 

 

 

 

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